Sortie de l’euro : bon ou mauvais calcul ? 

Cette semaine, il y a encore eu plusieurs articles sur la sortie de l’euro, sans doute à cause du fait que les présidentielles se rapprochent inexorablement. La Tribune posait la question « Abandonner l'euro : possible ? profitable ? » ce mardi 28 février. Pour y répondre, il interviewe Anne-Laure Delatte, directrice adjointe du CEPII, centre français d’étude et de recherche en économie internationale. Si elle explique que sortir de l’euro est possible, elle nuance néanmoins les avantages d’un retour au franc et les marges de manœuvre dans la politique monétaire française : « Pour retrouver une totale autonomie dans ce domaine, il faudrait non seulement sortir de l'euro mais pouvoir faire cavalier seul. Or, même avant l'euro, ce n'était pas le cas. Les pays européens ont signé des accords dès le début des années 1970 pour limiter les fluctuations de leurs monnaies. Pour respecter les limites de variation, la Banque de France était alors largement tributaire de la politique monétaire allemande. Ce manque d'autonomie fut même un motif important du passage à l'euro. » Il en va de même vers une éventuelle autonomie retrouvée d’un point de vue de la gestion du budget du pays : « Même en abandonnant ses engagements budgétaires européens, l'État français ne pourrait pas baisser les impôts et augmenter les dépenses à sa guise sans susciter la méfiance de ses créanciers. Autrement dit, sortir de l'euro ne nous libérerait pas de la pression des marchés financiers, au contraire. » Un article très intéressant à découvrir donc et qui aborde également les alternatives possibles pour relancer le projet européen.

Ce même mardi 28 février, c’est au tour du Monde de s’interroger sur un éventuel Frexit, mais cette fois-ci le journal affirme en titre « Pourquoi quitter l’euro n’est pas une solution » et explique même, en guise d’introduction, que « quitter la zone euro ne résoudrait pas les problèmes de notre économie. Contrairement à ce qu’affirme le FN, un retour au franc pénaliserait d’abord les classes populaires ». Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne explique d’ailleurs que si les coûts de la sortie de l’euro sont sans doute surévalués, les avantages d’un retour au franc également. L’article rappelle aussi que « en théorie, les traités européens établissent qu’il n’est pas possible de sortir de l’euro ». Ces incertitudes politiques sur la France et donc sur l’Europe ne sont pas sans inquiéter les investisseurs… et causent du tort à la monnaie unique.


Un euro stable face au dollar
Malgré cette ambiance pour le moins électrique, il n’y a pas de crise pour autant. L’euro demeure stable face au dollar et ne plonge pas malgré des signaux plutôt négatifs.
Le Figaro rapporte ainsi que le mardi 28 février, l'euro valait 1,0594 dollar contre 1,0587 dollar lundi vers 22H00 GMT (il valait 1,0549 dollar il y a une semaine, le mardi 21 février). Un statu quo dû à l’attente du discours de Trump, qui devrait préciser sa politique monétaire, ce mardi soir : « Le marché des changes évolue dans des marges relativement étroites mardi, car les courtiers préfèrent rester sur la touche et se retiennent de placer de gros paris avant le discours du président américain devant le Congrès qui devrait d'ailleurs être le principal moteur des marchés cette semaine", a expliqué Hussein Sayed, analyste chez FXTM. »

Le dollar monte ce mercredi
La semaine dernière déjà le billet vert s’appréciait, suite aux déclarations de la présidente de la FED de Cleveland au sujet des relèvements prochains des taux d’intérêt, progressant de 0,57 % à 101,50. Cette semaine,la devise de référence a connu un moins bien le mardi, sans doute en raison de l’attente du discours de Trump, avant de monter : en effet, comme l’explique Boursier.com dans son article du 1er mars « la perspective d'une nouvelle hausse des taux de la Fed, entretenue par des déclarations "faucon", et le discours favorable à la croissance de Donald Trump, dans la nuit de mardi à mercredi, ont donné le signal du rebond au billet vert. (…) Mercredi, l'indice du dollar (qui mesure sa performance contre un panier des devises) progressait de 0,37% à 101,70 en matinée ». Ainsi, plusieurs membres de la FED ont donné des signaux positifs concernant un relèvement des taux lors de la prochaine réunion qui a lieu les 14 et 15 mars prochains : « Le président de la Fed de New York William Dudley, d'ordinaire dans le camp des "colombes", a ainsi estimé que les arguments en faveur d'une hausse étaient "bien plus convaincants" depuis l'élection de Donald Trump. Le patron de la Fed de Dallas, Robert Kaplan, a parlé d'un tour de vis possible "dans un futur proche", et John Williams (Fed de San Francisco) a dit qu'un nouveau geste serait "sérieusement étudié en mars"... » Quant à la politique économique entreprise par Trump, le discours de mardi soir n’a pas donné de grain à moudre aux investisseurs : « Donald Trump, dans son premier discours devant le Congrès américain n'a pas donné de signal qui pourrait faire chuter le dollar. Alors qu'en janvier il avait déploré les effets d'un dollar "trop fort", il n'a pas évoqué le sujet cette nuit, adoptant devant les élus américains un ton plus présidentiel qu'à son habitude, et évitant les phrases choc... ». Il a notamment abordé quelques points et « promis un plan de 1000 Mds$ d'investissements, financés par le public et le privé et a affirmé vouloir commencer "bientôt" la construction du mur entre les États-Unis et le Mexique. Il a confirmé l'abrogation de la loi Obamacare, ainsi qu'une "réforme fiscale historique", qui profitera aux classes moyennes et aux entreprises».

La livre fragilisée par les perspectives d’un référendum en Écosse
Outre-Manche, la livre essaie tant bien que mal de tenir bon. Toujours en attente du Brexit, elle monte et descend sans se stabiliser. Cette semaine, c’est la perspective d’un référendum en Écosse qui fait souffrir la devise de la perfide Albion comme le rapporte
Boursier.com : « Plombée depuis des mois par la perspective du Brexit, la livre sterling a mal commencé la semaine après des déclarations en faveur d'un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. La livre a ainsi perdu jusqu'à 0,6% lundi matin sur les marchés interbancaires en Asie, à 1,2384$, avant de réduire ses pertes et finir la séance proche de 1,2450$ (-0,1%). » Rien n’est pour le moment sûr, mais la Première ministre britannique Theresa May se prépare à ce que le gouvernement écossais « dévoile un projet de referendum en mars au moment où le gouvernement britannique déclenchera officiellement le processus de départ de l'Union européenne. La semaine dernière, un conseiller du gouvernement écossais avait indiqué qu'Edimbourg envisageait "très sérieusement" un nouveau référendum sur l'indépendance en 2018 ». La livre a ainsi chuté à son plus bas depuis… 30 ans, face au dollar.

La BNS est intervenue sur les marchés à coups de milliards
Et c’est le site suisse
Bilan.ch qui nous révèle cette information le lundi 27 février. Nous avions déjà abordé cette question la semaine dernière dans notre revue de presse sur les devises. Ainsi apprend-on que « la Banque nationale suisse (BNS) est intervenue la semaine dernière à hauteur de plusieurs milliards sur le marché des devises afin de défendre le franc contre une appréciation trop importante ». Entre le 20 et 24 février, les avoirs a vue ont ainsi augmenté de 4,7 mrd à 548,2 mrd CHF : « En raison des incertitudes politiques, notamment en Europe avec les craintes sur la dette grecque et les prochaines élections en France, le franc est de nouveau plébiscité comme valeur refuge par les investisseurs. »

Pékin ne veut pas dévaluer le yuan
Après les nombreuses attaques de Trump à l’encontre du renminbi, autre nom de la devise chinoise,
Les Échos explique que « Pékin a dit vendredi n'avoir aucune intention d'utiliser la dévaluation de sa devise pour en tirer avantage sur le plan commercial, répondant ainsi à des propos du président américain Donald Trump qualifiant la Chine de "grand champion" de la manipulation monétaire. » La semaine dernière, malgré les propos récents rassurants du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, Trump n’a pas changé son point de vue : « Donald Trump a dit jeudi dans un entretien avec Reuters ne pas être "revenu" sur son appréciation selon laquelle la Chine manipule sa devise, le yuan ou renminbi, une déclaration qui intervenait quelques heures seulement après celle de son nouveau secrétaire au Trésor plaidant pour une approche plus méthodique dans l'analyse des pratiques de Pékin en matière de taux de change. »

Les investisseurs prudents avant Trump
Cet article canadien du site
LaPresse.ca revient sur la prudence des investisseurs en attente du discours de Trump ce mardi 28 février. Les USA mènent encore et toujours la danse sur le marché des changes. Ainsi, Wall Street a baissé mardi et le Dow Jones a perdu 0,12 %. De plus, « mardi, les investisseurs ont pourtant pris connaissance d'une hausse du prix des logements américains en décembre, mais, surtout, d'une nouvelle estimation décevante de la croissance au dernier trimestre aux États-Unis, avec la plus faible expansion annuelle depuis cinq ans ». Néanmoins, l’article précise que « les nouvelles étaient meilleures pour le mois de février: l'activité économique a nettement accéléré dans la région de Chicago et le moral des ménages américains a progressé de façon inattendue pour atteindre un sommet depuis 15 ans ». Pas étonnant que « La Bourse de Toronto a clôturé en baisse pour une cinquième séance consécutive, pendant que certaines des plus grandes entreprises canadiennes dévoilaient leurs plus récents résultats trimestriels ». On apprenait aussi que « le laboratoire pharmaceutique canadien Valeant, resté dans le rouge en 2016 avec des ventes à nouveau en baisse dans le sillage de cessions d'actifs, a perdu 13,94% sur sa cotation new-yorkaise ». Autant de facteurs susceptibles d’influer sur le dollar canadien, particulièrement influencé par le billet vert : « De son côté, le dollar canadien s'est déprécié de 0,67 cent US à 75,30 cents US - ce qui représentait sa clôture la plus faible depuis le 7 février. »